En tant qu’un des opéras les plus joués dans le monde, Carmen transporte une tragédie universelle. Les plus grands comme Maria Callas l’ont interprété. Proposé dans le cadre du Festival Orphée, festival européen associant théâtre et handicap, la particularité de Carmen, opéra sauvage, est qu’il a été transposé en langue des signes par la compagnie Danse des Signes. Six comédiens sourds et une mezzo soprano, Lise Arbiol, vont donc se partager la scène et réinterpréter cette figure emblématique de l’opéra.

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Un spectacle épuré, qui va à l’essentiel

20h15 – Je prends ma place dans la superbe salle à l’italienne drapée de bleu du théâtre Montansier de Versailles (http://www.theatremontansier.com/). Tout autour de moi, des murmures, des signes à foison alors que les fauteuils se remplissent peu à peu. A mes yeux de novice, ça danse déjà. Je ne peux m’empêcher d’être curieuse du résultat.

20h30 – Le rideau se lève et, dans le silence de la voix mais non du corps, les six comédiens et la chanteuse prennent possession de la scène. Peu de décor mais tout au long du spectacle on ressent l’ambiance sévillane du début du XIXe siècle, ne serait-ce que par les couleurs chaudes et les jupes de gitanes qui virevoltent.

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Gracieuse, dévergondée, fatale, secrète, sensuelle, Carmen resplendit. « L’amour est un oiseau rebelle que nul ne peut apprivoiser et c’est bien en vain qu’on l’appelle s’il lui convient de refuser […] L’amour est enfant de bohème Il n’a jamais jamais connu de loi Si tu ne m’aimes pas je t’aime si je t’aime prends garde à toi. », lance-t-elle au beau brigadier Don José qui résiste, tant qu’il peut, aux charmes de Carmen. Mais le mal est fait. Et Escamillo, le torero, est lui aussi subjugué.

L’expression du corps, au cœur de Carmen

Le chant de Lise Arbiol accompagne superbement le silence des gestes. Car, autour de ce chant, tout est souffle, silence, regards : pour une fois, la parole n’envahit pas l’espace. D’autres vibrations, par contre, sont présentes et jamais on ne parvient à se détacher les yeux de la tragédie qui se passe sur scène. Finalement, cette langue des signes devient peu à peu compréhensible pour l’étrangère que je suis.

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Les amants se déchirent. Alors la belle, connue pour ses amants multiples, se tourne vers Escamillo, le séduisant torero. Avant le combat, Carmen dit à Escamillo que s’il gagne, elle se donnera à lui : « Dans ton combat pense aux yeux rivés sur toi et à l’amour qui t’attend. » Et le torero affronte le taureau sur un immense fond rouge flamboyant. Le sang du taureau, le sang de la vie, le rouge de l’amour éclaboussent les spectateurs.

La tension est à son comble quand, Don José, fou de passion et de jalousie, frappe la sublime Carmen à mort. Son « Non, je ne t’aime plus » à Don José montre que, même face à la perspective de mourir, la jeune femme est restée maîtresse de la situation. Car « jamais Carmen ne cédera. Libre elle est née, libre elle mourra. »

Si ce spectacle vous plaît par sa vision de l’opéra différente et accessible à tous, rendez-vous le 19 décembre (21h00) et 20 décembre (14h30) au Centre Culturel Desbals de Toulouse, ainsi que du 2 au 6 avril 2014 à International Visual Theatre de Paris.